Pommes d’ève, 1874· L’Attente
3. Aube
A Madame M. D.
C’est moi qui, le premier, chaque matin m’éveille ;Et tandis qu’en mes bras, lassée, elle sommeille,Sans songer qu’il me faut regagner la maison,Je lui parle tout bas, l’appelle par son nom,Et de mes fous baisers, l’agaçant de caresses,Je trouble son repos de mes mille tendresses.Mais elle, qui pressent d’ordinaire son sort,N’a garde de bouger et fait celle qui dort ;Pourtant l’Angelus sonne à l’église voisineEt je dois la quitter ; ma volonté s’obstine, —Sur sa lèvre s’ébauche un sourire vermeil,Elle étire ses bras. Un rayon de soleilPar les volets mal joints, dans la chambre pénètreEt les moineaux jaseurs chantent sous la fenêtre ;Je double mes baisers… De guerre lasse enfin,Elle entr’ouvre les yeux : ainsi chaque matin.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources