Pommes d’ève, 1874· Lisbeth
47. Billet
Si pour tuer le temps où conter bagatelle,Tu m’attendais ce soir,Mets une larme, amie, au fond de ta prunelle,Car je ne puis te voir.Je vais où va la brise, où va la demoiselle,Où vont, battant d’espoir,Les poètes épris de nature immortelle :Je vais aux champs, revoirLes bluets, me griser en foulant la javelleDe parfums d’encensoir,Et sous les marronniers que le vent déchevèleRêver seul, et m’asseoir.Ainsi donc, cette nuit, fille de Praxitèle,Endors-toi, sans m’avoir,Et sans que je t’y porte, en ton lit qui chancelle,Goûte le nonchaloir…Et ma foi, si tu veux, ne m’y sois pas fidèle !Je mets sur ton œil noir,Aux grands cils frissonnants comme aile d’hirondelle,Un gros baiser. Bonsoir.
1870.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources