Pommes d’ève, 1874· O forêts, bois profonds…
15. Deux dans un rêve !
Deux dans un rêve ! Aimer ! S’en aller par la brumeTrouver l’être adoré ; puis, quand Paris s’allume,Revenir haletante et le front souriant,Heureuse, s’isoler dans la foule, en ayantEncore des saveurs d’extase sur la bouche !Braver tout, s’absorber dans son bonheur farouche :Avoir dans ce néant du monde un coin de ciel,Une verte oasis, un refuge, un autel.Plaire ! Être tout l’orgueil d’un homme, son idole !Et ne pouvoir, laisser tomber une parole,Sans songer qu’elle va dans l’abîme d’un cœur !Rêve immense !.. Sentir dans son destin vainqueurUn parfum d’acre amour montant comme une brise.Et parfois accomplir une folle entreprise,Courir aux champs tous deux, marcher au bord de l’eau,Écouter tout pensifs la chanson du roseauOu le vent qui se plaint dans les branches du saule,Et rentrer à pas lents, épaule contre épaule !
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources