Pommes d’ève, 1874· L’Attente
7. Hymen
A mon ami Isidore Gomez.
L’arbre au feuillage épais de sa graine alourdi,Caressé du zéphyr, dans le champ vaste rêve.Immobile, pensif, tout ruisselant de sèveIl regarde le sol qu’embrase un chaud midi ;La terre est à ses pieds ardente, blonde,et belle. —Soudain l’arbre tressaille et se penche sur elle.
La terre se soulève et semble lui dire ; « Oui ! »Sur elle déployant sa ramure dorée,L’arbre l’effleure alors et, d’amour ébloui,Jette en ses flancs ouverts la semence sacrée !
De ce splendide hymen par le soleil béniUn rejeton va naître à la saison prochaine.Les vents, en attendant, siffleront dans la plaine ;Mais l’arbre, dépouillant son feuillage jauni,De crainte que l’hiver ne nuise à sa grossesse,Couvrira d’un manteau le sein de sa maîtresse.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources