Pommes d’ève, 1874· L’Attente
5. L’Arrivée
Légende du Koran.
A mon ami Charles Emmanuel.
Vidant les coupes d’or, la lèvre inassouvie,Femmes, pontifes saints, amis d’Aménophis,Tous fêtaient le grand Fta, dieu d’amour et de vie,Tandis qu’Isis, la blonde, illuminait Memphis.
De la table montait un nuage de myrrhe ;Us buvaient, ils mangeaient ; leur bruyante gaîtéJetait son large rire aux voûtes de porphyre ;Le banquet ruisselait ivre de volupté.
Des crotales en main, une esclave nubienneDansait un pas lascif et, ses seins noirs au vent,Tordait ses flancs de cuivre et son ventre d’ébène.Les hommes frémissaient à chaque mouvement ;
Les femmes souriaient et, dans leurs mains nacréesDistraites, tourmentaient leur couteau d’or à fruit.Les portes tout à coup s’ouvrirent effarées,Et Joseph apparut par Putiphar conduit.
Calme, il posa ses yeux sur les grands du royaume ;— Et du sang rougissait la nappe en maint endroit,Car les filles d’Égypte, à l’aspect du jeune homme,Dans leur saisissement, s’étaient coupé le doigt.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources