Pommes d’ève, 1874· Lisbeth
41. Le dieu
A mon ami Peragallo
Il revenait vainqueur de toute l’Assyrie,Une ville portait le nom d’Alexandrie.Laissant derrière lui tout l’univers soumis,Paisible il revenait, n’ayant plus d’ennemis ;Et marchant escorté de ses mille victoires,Plein d’orgueil il croyait qu’espérances et gloires.Tout était dans sa main puissante réuni,Et que, tenant la terre, il tenait l’infini !Les peuples dont son glaive avait brisé l’empireBrûlaient, lorsqu’il passait, le cinname et la myrrhe,Car on l’avait sacré fils d’Ammon depuis peu.Or, comme il cheminait pensif, le nouveau dieu,De sa litière vit, près d’un temple, dans l’herbe,Un livre déchiré ; le conquérant superbeSe le fit apporter et dans ses doigts le prit. —Il y lut ce passage en Démocrite écrit :L’espace compte en lui des millions de mondesDans les plaines du ciel immenses et profondes.La terre comme un point ne fait que s’agiter. »
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources