Pommes d’ève, 1874· Triomphe
21. Triomphe
A Madame M. D.
C’est l’heure de Mimi. Tout est silencieux,Paris s’est endormi, l’étoile brille aux cieux.Sans voiles, les cheveux défaits, la bien-aiméeHaletante, bondit et retombe pâmée,Morte ! pourtant l’amour dans ses fougueux transportsN’a point mêlé nos cœurs, n’a point lié nos corps ;Je n’ai même pas mis mon baiser sur sa bouche.Elle est là qui se tord de bonheur sur sa couche ;Ses dents mordent les draps ; ses regards éperdusImplorent ma pitié, mais je n’écoute plusEt, vautour, je la tiens ; sa paupière ruisselle,J’entends craquer ses os : Je suis maître ! Sur elleLa veilleuse de loin jette un rayon ami.Je regarde enivré. C’est l’heure de Mimi !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources