Prima Verba, 1872
IX. A travers une larme
A MADEMOISELLE I. M.
O jeune fille ! une âme ardente habite en vous !
Hier, comme on disait des vers autour de nous,
Dans vos yeux, tout en pleurs, elle se laissait lire
Et je la regardais tandis qu’ils riaient tous….
Vous dont le cœur souvent pris d’un trouble divinPleure avec Beethoven et rêve avec Chopin,Vous ne marquez jamais de mépris aux poètes,Et vous leur pardonnez ce que vous même faites.Vous savez que ces fous dont le vulgaire ritNe sont pas si naïfs, ni si fous qu’on le dit ;Que l’on trouve à rêver une extase infinie,Qu’il est bon parfois de faire mentir la vie,D’avoir sa chère erreur, son lambeau de ciel bleuPour s’éloigner de l’homme et s’approcher de Dieu !Non, jamais vous n’avez, d’une voix qui décrie,Sur le front des songeurs souillé la rêverie ;Et vous croyez comme eux, ô jeune et doux esprit !Que le bonheur se fait de mystère et de nuit,Que les plus malheureux, ce sont les plus cyniques,Ceux que ne bercent pas les espoirs chimériques,Ceux qui ne pleurent pas… car bien souvent le cœurSe ferme au sourire et s’épanouit au pleur,Comme une fleur souffrante, humble, demi-brisée,Qui meurt au grand soleil et qui vit de rosée !…
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources