Prima Verba, 1872
XXVI. « C’était toi qui venais. — Tu t’es soudain montrée »
C’était toi qui venais. — Tu t’es soudain montréeSur le seuil de la porte et tu t’es retirée,Me laissant seul ici.Pourquoi partir ? C’est mal ; ta tendresse qui veilleÀ quelque soupçon triste a donc prêté l’oreille,Pour me punir ainsi ?
M’enlèves-tu ma part d’une peine secrète ?Est-ce un vague souci qui t’oppresse et qui jetteL’ombre à tes traits joyeux ?Sans le savoir, vois-tu, je puis t’avoir froissée,Ou crains-tu d’approcher, alors que ma penséeS’envole vers les cieux ?
Va, tu ne feras point fuir la Muse, au contraire :Loin de toi, sur mon cœur, son aile passagèreHésite à se poser ;Il faut que tu sois là, pour que ses chants s’effeuillent,Ses rêves sont les tiens et ses baisers se cueillentA ton jeune baiser !
N’es-tu pas cet enfant qui sourit et console,Dont la timide voix guérit d’une paroleLes chagrins d’ici-bas ?Et n’es-tu plus l’autel où, lassé de la terre,Je viens chercher un peu d’amour et de prière ?Oh ! reviens sur tes pas !
Reviens, et sur mon front pose ta main qui tremble ;Laisse errer sur le mien ton œil chaste qui sembleAvoir peur de charmer.Dis-moi de ces doux mots que seule tu sais direEt prends-moi, d’un regard, mes pleurs ou mon sourire,J’ai tant besoin d’aimer !
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources