Prima Verba, 1872
XXIX. « Des vers ? Oh ! m’as-tu dit ; en voici, mais pardon »
A MADEMOISELLE L. L.
Nous avons tous les deux laissé derrière nous
Une époque où la vie est bien bonne et bien belle ;
Je m’en souviens encor, vous en souvenez-vous,
De notre enfance heureuse ? — O ma cousine Angèle !H. MURGER.
Des vers ? Oh ! m’as-tu dit ; en voici, mais pardon :Ce sont là mes premiers, et ma Muse t’implore,Car tant de poésie est autour de ton nomQu’il lui faudrait Pétrarque, — ô ma cousine Laure !
Quand je jette en arrière un regard abattu,Le passé m’apparaît ainsi qu’un météore ;Je m’en souviens encor, mais toi, t’en souviens-tu,De notre folle enfance ? — ô ma cousine Laure !
Il me semble te voir avec tes blonds cheveux,Cet espiègle minois plus riant crue l’aurore,Remplissant la maison de tes éclats joyeux…,Et tout mon cœur se serre, — ô ma cousine Laure !
Car celle qui jadis sur ses genoux craintifsBerçait ton doux sommeil, au bruit lent et sonoreDes rêveuses chansons, tandis que fugitifsSes baisers t’effleuraient, — ô ma cousine Laure !
Oh ! celle-là, bien loin de nos plaisirs ingrats,Comme un songe enivrant qui trop tôt s’évapore,Pour retourner aux cieux s’envola d’ici-basY laissant la tristesse, — ô ma cousine Laure !
Tes sourires soudain la suivirent aux cieux,Le chagrin tout en pleurs en tes yeux vint éclore,Et le deuil a jeté son voile ténébreuxSur ton riant visage,— ô ma cousine Laure !
Mais lange bien-aimé que tu n’embrasses plus,Dont l’aile protégeait ta tête jeune encore,Quand la nuit vient bercer tes rêves ingénus,Est penché sur ta couche, — ô ma cousine Laure !
Et lorsque pour prier tu joins tes blanches mains,Toujours à tes côtés, dans ton cœur qui s’ignore,Il jette la douceur et les préceptes saintsQue décèle ton front — ô ma cousine Laure !…
Avril 1869.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources