Prima Verba, 1872
XXX. Sonnet
A MADAME C. R.
Quand nous causions hier, seul, assis à l’écart,Maintes fois j’ai surpris votre tête baissée ;Vous songiez près de nous, et votre doux regardÉvoquait à coup sûr quelque triste pensée.
Nos rires, ce soir-là, vous ont-ils offensée ?Ou bien quelque beau rêve, en vous prenant à part,Venait-il vous parler de l’amour trépasséeEt des cuisants regrets qu’elle laisse au départ ?…
Qu’importe, il faut pleurer : le chagrin c’est la vie ;La gaîté n’est souvent qu’amère hypocrisieEt le cœur semble fait pour porter des douleurs !
L’illusion toujours contient de l’amertume,Et l’œil le plus brillant, quand rêveur il s’allume,Ne brille jamais tant que lorsqu’il a des pleurs !…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources