Prima Verba, 1872
XVII. « Elle ne sourit plus, la douce jeune fille »
Elle ne sourit plus, la douce jeune fille.Elle, dont la gaîté déridait la famille,Dont le rire bruyant, échappé de son cœur,S’abattait sur nos fronts, comme un oiseau moqueur.Aujourd’hui sombre et calme, elle baisse la tête.Sa joue est creuse et pâle, et son regard qui jetteD’étranges lueurs vous fait mal en vous fixant.Un mal mystérieux l’enlace sourdement ;Ce qu’elle aimait jadis l’importune et l’irrite ;Elle semble poursuivre une idée ; elle éviteLa joie et ne se plaît que dans l’isolement.On sent qu’elle se meurt, se flétrit lentementComme une fleur qu’effeuille une main inconnueQuelques-uns ont parlé d’une amour contenue,D’un désespoir secret ; on cherche ce qu’elle a,Hélas ! Et chaque jour la pauvre enfant s’en va,Affectant, lorsqu’on pleure, une allure distraite ;Et le médecin qui, pensif, hoche la tète,Alors que plein d’angoisse on vient l’interroger,Dit aux parents : « Il faut la faire voyager. »
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources