Prima Verba, 1872
XVI. Sonnet
Madame, je vous vois depuis une heure à peine ;L’un à l’autre inconnus, nous conversons tous deux,Je sens venir à moi votre enivrante haleine,Et mes yeux intrigués interrogent vos yeux.
Mais, sans pitié pour moi, la pendule inhumaineVa sonner brusquement le départ ennuyeux ;Vous allez vous enfuir, sans souci de ma peine,Sans voir mon œil en pleurs, tant le vôtre est joyeux !
Longtemps je rêverai de ma courte soirée !Car, lorsque l’effeuillant d’une main désœuvrée,Je vois dans un volume un endroit qui me plaît,
Malgré moi, je retourne au captivant passage,Et si l’on prend le livre, oh ! je marque la page,N’ayant plus qu’un désir, la relire en secret.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources