Prima Verba, 1872
III. « Je ne 1’ai pas vue ; il est tard ; je suis brisé »
Je ne 1’ai pas vue ; il est tard ; je suis briséD’émotion et de fatigue ; j’ai passé,A la chercher partout, cette soirée entière.J’ai couru les maisons d’amis, où d’ordinaire,Ainsi que par hasard, le soir, nous nous trouvons,Et suis rentré déçu ; la neige, à gros flocons,Battait mon front brûlant. — Elle n’est pas sortie.Lui, qui, près du foyer, berçait son apathie,Cette fois n’aura pas écouté ses raisonsEt, comme il fait grand froid, il aura dit : « Restons.Elle aura dû subir l’ennuyeux tête-à-têteDe cet homme et lui feindre, hélas ! un air de fête.Sans doute qu’à cette heure où mon reproche amerL’accuse, elle se dit, songeant aux aveux d’hier,Que je suis attristé de ne pas l’avoir vueOu bien peut-être encor relit dans la revueLes doux vers non signés que pour elle j’y mets ;
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources