Prima Verba, 1872
VII. Proh Pudor !
Lorsqu’on flatte la foule on est un misérable.A de certains moments, quand le peuple est coupableQuand l’émeute sauvage a tordu la cité ;Quand le lâche bourgeois, le regard hébêté,Se cacha sous son lit ou déserta l’enceinte ;O penseur, c’est à toi de t’écrier, sans crainte,Si tu poursuis vraiment le but universel :« Peuple, tu fus stupide et tu fus criminel. »Mais, ce serait risible, en notre époque sale,De rencontrer un homme, un courageux, un mâle,Qui, croisant ses deux bras, ferait avec fiertéComme un coup de canon tonner la vérité ! —Que nous font après tout les crimes de la foule ?Que le progrès s’affaisse et que le bien s’écroule !Que nous importe à nous, si nous restons debout !Nous sommes les quêteurs de bravos, voilà tout.
O pieds-plats ! O rampants ! lorsque vos turpitudesLèchent le poil sanglant des sombres multitudes ;Quand je vous vois venir vers le peuple à tâtonEt glisser, vils serpents, dans son cœur neuf et bonLorsqu’à pas tortueux, affamés de rapine,Vous mendiez les cris de sa fière poitrine,Et baisez son talon qui vous foula déjà,J’ai de profonds dégoûts — et je songe à ceux-là.Qui, pour avoir de l’or, en dépit des huées,Font l’amour avec les vieilles prostituées !…
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources