Prima Verba, 1872
XIX. Sonnet
A MADAME ***
Quand de leurs cris d’airain les heures trop presséesMe chassent de l’Éden où toujours je revien,Je pars le sein rempli d’ivresses insensées,Et j’ai de quoi rêver jusqu’à l’autre entretien :
Car près de vous le soir mes chimères bercéesOnt pillé votre cœur pour enrichir le mien ;J’emporte mon butin d’amoureuses pensées,J’ai volé mon bonheur, et vous n’en savez rien.
Vos autels sont de ceux qu’on respecte et contemple,Car la chaste pudeur est sur le seuil du temple,Dès qu’un profane approche, aussitôt il s’enfuit ;
— Et votre doux regard, comme l’astre qui luitSans connaître la fleur qu’il entr’ouvre à l’aurore,Fait épanouir l’âme, et cependant l’ignore !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources