Prima Verba, 1872
XXI. Sonnet
A MADAME A. M.
Quand bien même en mon cœur la plus douce chimèreViendrait à germer, je me tairais toutefois ;Car je sais trop le prix d’un sourire narquoisEt je connais le poids d’une parole amère.
Et pourtant, l’autre soir, quand nous étions aux bois,Et que la nuit sur nous tombait avec mystère,Un beau rêve passa dans ma tête légère :Je fus près de parler, mais je contins ma voix…
Car vous auriez souri, sachant qu’à vos prunellesEncore un papillon venait brûler ses ailes ;Sans doute, vous savez que l’amour, c’est commun
Que le monde élégant l’a biffé de son code,Et vous l’avez chassé, cet amour importun,Comme on jette un ruban s’il est passé de mode l
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources