Quelques vers d’autrefois, 1915
IV. A une femme
Poésie dite par Mlle Yvonne Ducos de la Comédie-Française le 28 mars 1915.
C’est aujourd’hui Pâques fleuries,La ville est pleine de rameaux.Aux pauvres âmes attendries,Jésus permet l’oubli des maux.
En ton église peinte à fresqueJe suis venu m’agenouiller.Pourquoi me fuir et me railler ?Puisque ton cœur est seul, ou presque.
On t’a donné le buis clément,On t’a donné de vertes palmes ;Moi, pour te faire des jours calmes,Je te donne mon dévouement.
Ce qu’à genoux ta foi réclame,La bonne chance et le soutien,Mieux que ton fétiche chrétien,Je te l’apporte, ma chère âme.
A la muraille on voit jaunirLa branche sainte prise aux haies.Je t’offre, au Dimanche des Baies,L’amour qui ne doit pas finir.
Mais laissons cette amour complète.Je retourne, quoique perclus,A mon rempart au vert talus,Où se risque la violette ;
Car la rage des combattantsN’empêche pas les fleurs d’éclore,Et la France qui saigne encoreNe refuse pas son printemps.
C’est aujourd’hui Pâques fleuries,La ville est pleine de rameaux.A la plus belle des patries,Jésus permet l’oubli des maux.
Mars 18..
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Quelques vers d’autrefois, Paris, ÉMILE-PAUL FRÈRES, ÉDITEURS, 1915· numérisation gallica.bnf.fr· Sources