Tout n’est pas rose, 1877
XLII. Aube
C’est moi qui le premier chaque matin m’éveille ;Et-tandis qu’en mes bras, lassée, elle sommeille,Sans songer qu’il me faut regagner la maison,Je lui parle tout bas, l’appelle de son nom ;Et de mes fous baisers, de ma douce caresse,Je trouble son repos qui mollement paresse ;Mais elle, qui pressent d’ordinaire son sort,N’a garde de bouger et fait celle qui dort.Pourtant, pour mon départ, l’heure sonne argentine,Et je dois la quitter : ma volonté s’obstine ;Sur sa lèvre s’ébauche un sourire vermeil,Elle étire ses bras ; un rayon de soleil,Par les volets mal joints, dans la chambre pénètre ;Et les moineaux jaseurs chantent sous la fenêtre ;Je double mes baisers ; de guerre lasse enfin,Elle entr’ouvre les yeux : ainsi chaque matin.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources