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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tout n’est pas rose, 1877

XLI. Le ver luisant

Georges de Porto-Riche· 32 vers

— Enfant, ferme les yeux, le ver luisant scintille ! —Dans la forêt qui dort pas un frémissement :« Reste ici ! » dit la mère à la petite fille.La mère court au bois rejoindre son amant.

La fillette l’attend et regarde autour d’elle.— Le ver luisant scintille, enfant, ferme les yeux ! —Le ver rampe dans l’herbe, ainsi qu’une étincelle,L’enfant regarde, et suit l’insecte radieux.

Ils entrent dans le bois ; sous les arbres en voûteL’obscurité s’étend ; l’astre du ciel a fui ;Mais le ver qui flamboie illumine la route :L’enfant est sous le charme et ne voit plus que lui.

On passe une clairière, on passe une ravine ;La chouette se plaint, mais l’enfant n’entend pas ;Suivant l’étoile d’or qui lentement chemine,Elle va sans savoir où la portent ses pas.

Pensive, tout à coup s’arrête la chenille :Un noir abîme est là, dans le sentier pierreux.— Enfant, ferme les yeux, le ver luisant scintille ! —L’insecte fait alors luira ses plus doux feux.

Il glisse dans le gouffre, entraîne sa victime.S’aidant des houx en fleur et des touffes de thym,La fillette descend… quand soudain dans l’abîme,Le phare s’obscurcit, le ver luisant s’éteint !

Et l’enfant, n’ayant plus ce rayon éphémère,Trébuche, pousse un cri plaintif, et disparaît.Un autre cri répond, c’est celui de la mère :Elle cherchait sa fille et, folle, elle accourait.

L’adultère sanglote au bord du noir repaire,Appelle son enfant, lève les bras aux cieux…Quand elle reviendra, que dira-t-elle au père ?— Le ver luisant scintille, enfant, ferme les yeux !

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources