Tout n’est pas rose, 1877
XXI. Chanson
Dans les tombes glacées,Sans remords, sans frayeur,Les manches retroussées,Travaille, ô fossoyeur !
Donne tout à l’abîme :Vieux parents éperdus,Têtes blêmes du crime,Têtes d’anges perdus !
Et siffle un air obscène,Bois du vin en bêchant :Dieu, dans sa bonté saine,Fécondera ton champ.
Jette tes grains funèbres,Laboureur de la mort !Et du fond des ténèbres,Du sillon où tout dort,
Après dix ans d’alarmes,Dix ans de désespoir,Après des flots de larmesArrosant le sol noir,
Une fleur invisible,Du corps enseveli,Surgira, fleur paisible,Éternelle : l’Oubli !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources