Tout n’est pas rose, 1877
XX. Sonnet
Comme des feux follets et des flammes lutines,Les Chartreux, à l’appel de la cloche d’airain,Sous de pâles falots courbant leur front chagrin,Se glissent dans le chœur et vont chanter matines.
La robe aux plis traînants des formes clandestinesS’agenouille, se lève autour du vieux lutrin ;Morts vivants échappés du tombeau souterrain,Ils disent les versets des prières latines.
Moi, près de ma maîtresse et libre de souci,Mon labeur achevé, pendant qu’on prie ainsi,Du doux bonheur d’aimer et d’être je m’enivre.
Du poëte amoureux ou du moine pieux,Quel est celui, Seigneur, qui te comprend le mieux ? —M’as-tu fait pour mourir ou m’as-tu fait pour vivre ?
Pont-Saint-Laurent.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources