Tout n’est pas rose, 1877
XI. Le dieu
Il revenait vainqueur de toute l’Assyrie ;Une ville portait le nom d’Alexandrie.Laissant derrière lui tout l’univers soumis,Paisible il revenait, n’ayant plus d’ennemis ;Et, marchant escorté de ses mille victoires,Fou d’orgueil, il croyait qu’espérances et gloires,Tout était dans sa main puissante réuni,Et que, tenant la terre, il tenait l’infini !— Et les peuples conquis, chantant l’épithalame,Immolaient l’hécatombe et brûlaient le cinnameA cet homme sacré fils d’Ammon depuis peu.Or, comme il cheminait pensif, le nouveau dieu,De sa litière, vit près d’un temple en ruineUn vieux livre en lambeaux tout trempé de bruine ;Le Maître se le fit apporter, et le prit.Il y lut ce passage, en Démocrite écrit :« L’espace compte en lui des millions de mondes ;Dans les-plaines du ciel immenses et profondes,La terre comme un point ne fait que s’agiter. »Alexandre le Grand se mit à sangloter.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources