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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tout n’est pas rose, 1877

XXX. Le volcan

Georges de Porto-Riche· 40 vers

C’était un fier volcan, terrible, centenaire.Les peuples blonds au loin, redoutant son tonnerre,S’abritaient dans la plaine, en bas et sous son aire. —Un cataclysme, en éclatant,Éteignit, endormit le mont incendiaire :On eût dit, à le voir froid, muet, solitaireQu’il portait sur ses flancs la cendre funéraire,D’un peuple mort en combattant !

Alors les hommes blonds qui vivaient dans la plaineGravirent en tremblant la montagne hautaine,Et plantèrent dessus un étendard de haine.La lâcheté prit son essor :Ils dansèrent joyeux sur la cime sereine,Et dans les flancs du mort, victime souveraine,On se mit à fouiller, loups que la faim déchaîne,Pour en tirer des monceaux d’or !

Longtemps on insulta le vaincu fort et brave ;Mais un jour une voix retentit sombre et grave :La montagne tonnait, et le volcan esclaveLavant les outrages commis,Échevelé de feu, noir de cendre et de bave,Crachant la mort, hurlant la foudre, sans entrave,Dans un fleuve de plomb, dans un torrent de laveEngloutissait ses ennemis !

Et dans ce jour de gloire et e revanche austère,Sur la montagne en feu, rugissante panthère,Un glaive étincelant, planant avec mystère,Au front du colosse en courroux,Se dressait formidable au sommet du cratère,Et ce glaive de flamme, immense cimeterre,Faisait sous le ciel rouge, en éclairant la terre,Trembler cent peuples à genoux.

— France, superbe mont qui dominait le monde !Tu ne peux épancher ta colère qui gronde ;Ton cratère est muet et la défaite immondeA lié tes robustes bras !Dors ton sommeil, Lazare ! espère, moribonde !Ennemis, préjugés, tyrannie inféconde,Vous reverrez un jour sa lave furibonde !…Volcan, tu te réveilleras !

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources