Tout n’est pas rose, 1877
Tristesse
C’est ma fête aujourd’hui. Fleurs, baisers de famille,J’ai tout reçu. Ma chambre est un parterre où brilleŒillet blanc, glaïeul d’or et rose de carmin…Et tu n’es pas venue avec des fleurs en main,O toi, qui dors là-bas le long sommeil sans rêve !Ton bouquet manque, ô sœur ! Et mon cœur se soulève— Et j’attends vainement ton baiser fraternel,Absente que retient le voyage éternel !Le matin, c’était toi qui venais la première.Ta caresse rouvrait mes yeux à la lumière :M’appelant paresseux, m’éveillant à demi,Tu mettais ton baiser à mon front endormi ;Et tu partais, couvrant de fleurs la cheminée !…Oh ! c’est moi qui, demain, demain et chaque année,A pareil jour irai te porter tout en pleursLe baiser de ma fête et mon bouquet de fleurs !
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources