Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le ce Pseaume
Misericordiam et judicium, etc.
Puis qu’il me faut. grand Dieu, pour combattre l’envie,Chanter de ta clemence et de ton équité,Pour mieux de ces vertus décrire la beauté,Je les veux pratiquer le reste de ma vie ;Je say qu’il nous faut tous fuir de ces objetsQui laissent dans nos cœurs l’impression du vice,Et say qu’en ta justiceTu ne discernes point les rois de leurs sujets.
Je veux de ma maison bannir la médisance,Et de tout mon estat ces esprits factieux,Afin que dans la paix mon cœur, de mieux en mieux,Puisse en sa pureté garder son innocence.Je veux estre à jamais l’ennemi des flatteurs,Ma justice, pour eux, n’aura ni paix ni treve,Ni balance ni glaive,Que pour exterminer ces lasches imposteurs.
Je ne veux dans ma cour recevoir les servicesDe ceux qui sont heureux sans l’avoir merité,Et dont l’ambition sans generositéN’est que pour assouvir la haine et l’avarice ;Mais je cheriray ceux dont l’esprit, revestuDe tous les ornemens dont sa grace est feconde,N’estime rien au mondeDigne de leur amour que la seule vertu.
Je ne sçaurois souffrir l’insolente manieDe ceux de qui l’esprit, bouffi de vanité,Ne peut dessous les loix abaisser leur fiertéNi se faire obeir qu’aveque tyrannie ;Je veux aussi chasser ceux de qui les complotsOnt semé dans ma cour la haine et la discorde,Et, sans misericorde,Tous ceux qui de mon peuple ont troublé le repos.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources