Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xcixe Pseaume
Jubilate Deo, etc.
Dans un excés de joye aussi douce que sainte,Rendons grace au Seigneur, qui calme nostrecrainteEt nous comble d’honneurs si stables et si grands ;Allons dans sa maison admirer ses mysteres,Non comme des captifs aux palais des tyrans,Mais comme des enfans au logis de leurs peres.
Nos cœurs humiliez y doivent reconnoistreQue ce n’est que de luy que nous tenons un estreSi parfait qu’ici bas il n’en est point de tel ;Que cette œuvre, passant l’effort de la nature,Est plus du Dieu vivant que de l’homme mortel,Est plus du Createur que de la creature.
Nous sommes les brebis de ses saints pasturages ;Le toit où sa bonté nous défend des oragesEst sur un fondement qui jamais ne perit ;Les loups sont dans son parc sans faim et sans furie,Et les biens éternels dont il nous y nourritSont dignes du pasteur et de la bergerie.
Reverons donc le nom du maistre qui nous guide ;Qu’à jamais son Eglise, où luy-mesme préside,Fasse à l’envi des cieux éclater sa splendeur,Et que la verité dont elle est éclairée,Qui n’a que l’univers pour borne à sa grandeur,N’ait que l’éternité pour borne à sa durée.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources