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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Cvie Pseaume

Confitemini Domino, etc. :

Racan· 132 vers

Celebrons le pouvoir qui preside aux combats ;Lors que dans le peché nostre ame se déborde,Le seul port de salut qui nous reste ici basEst dans l’immensité de sa misericorde.

Ceux que le soleil brûle au rivage du Nil,Les Sarmates glacez, les Scythes et les Perses,Raconteront un jour combien en nostre exilLe Seigneur nous a fait surmonter de traverses.

Ils diront que, bannis dans un desert lointainSut ne produisoit rien pour nostre nourriture,ous endurions la soif, nous endurions la faim,Et n’avions que le ciel pour toute couverture.

Parmi tant de malheurs compagnons de nos jours,Nous mismes au Seigneur toute nostre esperance,Il écouta nos cris, il nous donna secours,Et nous rendit la vie aveque l’assurance.

Il nous servit de guide à passer les deserts,Il nous fit à la force ajouster l’industrie ;Il veut qu’aprés avoir tant de malheurs souffertsNous puissions en repos revoir nostre patrie.

Afin que nos neveux ne puissent oublierCombien il nous a fait surmonter d’avantures,Doit-on pas, d’âge en âge, à jamais publierLa grandeur de son nom dans les races futures ?

Lors que la faim les presse, il prend toûjours le soinD’offrir à leurs repas ses celestes viandes ;Toûjours il assista ses peuples au besoin,Et toûjours fut propice à leurs justes demandes.

Et quand les cachots noirs et la captivitéLeur faisoient expier la peine de leur crime,Son cœur fut attendri de leur calamitéEt modera contre eux son couroux legitime.

Parmi tant de malheurs compagnons de leurs jours,Ils mirent au Seigneur toute leur esperance ;Il écoute leurs cris, il vient à leur secours,Il leur rend à la fois la vie et l’assurance.

Quand le Nil dans ses flots preparoit mille mortsPour assouvir contre eux ses immortelles haines,Dieu mit en liberté leurs ames et leurs corpsEn leur rendant sa grace et les tirant des chaisnes.

Donc, afin que nos fils ne puissent oublierCeluy qui nous fait vivre aprés tant d’avanturesDoit-on pas, d’âge en âge, à jamais publierLa grandeur de son nom dans les races futures ?

Quelle chaisne de fer, quelle porte d’airainNe se brise ou ne s’ouvre à sa seule menace ?Est-il quelque pouvoir, ou juste, ou souverain,Dont il n’ait à ses pieds humilié l’audace ?

Ces ames dont l’orgueil méprisoit son appuy,Si tost qu’un saint remords baigne leurs yeux de larmes,Et que dans leurs malheurs ils ont recours à luy,Aussi-tost son courroux laisse tomber ses armes.

Cet excés de bonheur ne les peut contenter ;Leur ame est insipide aux plaisirs de la vie,Et, dans cette langueur, semble se dégousterDes mets les plus exquis dont leur table est servie.

Parmy ces longs ennuis compagnons de leurs jours,Leur esprit met en Dieu toute son esperance ;Il écoute leurs cris, il vient à leur secours ;Il leur rend à la fois la joye et l’assurance.

Quand dans leurs corps mourans les remedeshumainsNe peuvent retenir leur ame qui s’envole,Celuy qui tient la vie et la mort en ses mainsLeur rend la guérison d’une seule parole.

Donc, afin que les ans ne fassent oublierQu’il peut de tant de biens combler ses creatures,Doit-on pas, d’âge en âge, à jamais publierLa grandeur de son nom dans les races futures ?

Que, dans le souvenir de ces faits glorieuxDont les siecles passez ont orné leur histoire,Nostre ressentiment, d’un soin devotieux,Puisse du Tout-puissant conserver la memoire !

Les avares nochers qui des flots inconstansOnt veû dans l’Ocean déborder la licenceY peuvent du Seigneur connoistre en mesme tempsEt la misericorde et la toute-puissance.

Si tost qu’il l’a permis, les vents courent les airs,Arrachent des vaisseaux masts, antennes et voiles,Les font precipiter des cieux dans les enfers,Et des gouffres profonds remonter aux estoiles.

Le patron, effrayé, quitte le gouvernail,Court d’un pied chancelant relascher les cordages ;Chacun, en l’imitant, va confus au travail,Pour combattre, en cedant, la fureur des orages.

Lors, se voyant si prés de la fin de leurs jours,Les nochers ont en Dieu toute leur esperance ;Il écoute leurs cris, il vient à leur secours,Il leur rend à la fois la vie et l’assurance.

Il regarde en pitié l’effroy des matelots,Il chasse la terreur de leurs ames timides ;L’azur du ciel serain, se mirant dans les flots,Unit de leur crystal les vagues et les rides.

Vous qu’il a tant de fois retirez des hazards,Celebrez son amour si rempli de tendresse,Et faites qu’à Sion à jamais les vieillardsLa puissent imprimer au cœur de la jeunesse.

Lors que l’on a sa gloire et son nom dédaignez,Sa bonté paternelle est sourde à nos prieres,Et pour secher les eaux dont les champs sont baignez,L’on voit que dés leur source il tarit les rivieres.

Le malheur ici bas se rend universel,Et les plus gras terroirs n’ont pas plus d’avantageQue s’ils n’estoient fumez et semez que du selQue l’escume des flots jette sur le rivage.

Quelquefois il fait voir, par des effets nouveaux,Aux deserts qui n’ont d’eau que celle des orages,Dans des lits toûjours verts s’écouler des ruisseauxDe qui les flots d’argent baignent les pasturages.

Dés-lors on vit les champs tous les fruits rapporterQue prepare aux mortels sa haute Providence ;Dés-fors les malheureux y viennent habiter,Et dés-lors la disette y trouve l’abondance.

Là, de leurs longs ennuis les peuples soulagezRendent par leur travail les campagnes fertiles,Leurs toits couverts de chaume en palais sont changez,Et leurs hameaux épars en de superbes villes.

Tant que Dieu pour son peuple a de l’affection,Dans l’aise et les plaisirs son long âge s’écoule ;Mais quand il est privé de sa protectionOn ne voit que malheurs qui luy viennent en foule.

Il met dans le mépris les plus grans potentats,Il leur oste l’esprit a regir leurs provinces ;Ils errent, vagabons, chassez de leurs Estats,Et suivent laschement la cour des autres princes.

Mais du pauvre abattu par la necessitéIl releve les biens, le nom et la puissance ;Et fait dans sa maison que sa posteritéPasse de ses agneaux le nombre et l’innocence.

Et lors on voit punir ces orgueilleux tyrans,Et l’excés des honneurs qu’aux humbles il octroye ;Les sages, contemplans ces effets differans,Sont remplis à la fois de merveille et de joye.

132 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources