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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Cviie Pseaume

Paratum cor meum, Deus, etc.

Racan· 54 vers

Aprés tant de bienfaits que j’ay receus de toy,Dois-je pas, d’un esprit plein d’amour et de foy,Publier tes merveilles ?O Dieu, dont la grandeur ne se peut concevoir,Permets qu’en celebrant ta gloire et ton pouvoir,Ma voix puisse charmer les cœurs par les oreilles.

Toy qui, dès mon matin, m’as couvert de splendeur,Lumiere des esprits dont la celeste ardeurA mon ame ravie.Muse, dont l’entretien adoucit mes ennuis,Et qui, dans le travail où je passe les nuits,Eternise mon nom et consomme ma vie !

De mon âge panchant dix lustres sont passez,Depuis que nous chantons ces desirs insensezPour qui mon cœur soûpire ;Un plus digne sujet nous invite aujourd’huyA celebrer Ta gloire et l’amour de celuyQui sur le firmament establit son empire.

Eleve toy, Seigneur, et du plus haut des cieux,Pour soumettre à tes loix les cœurs audacieux,Arme-toy du tonnerre ;Délivre tes enfans des mains des ennemis,Soumets à leur pouvoir ceux qui les ont soumis,Et rempli de ton nom tout le rond de la terre.

Mais que devons-nous plus ou craindre ou desirer ?N’avons-nous pas les biens que nous fit espererLa voix de ses oracles ?Nous partageons Sichem entre nos combatans,Et ce riche valon où depuis si long-tempsLes peuples de Sucot tendent leurs tabernacles.

Galaad m’obeït, Manassés est à moy,Ephraïm m’a rendu des preuves d’une foyExemte d’artifices ;Je regne dans Juda plein d’honneur et d’appas,Et de quelque costé que je porte mes pas,Les plaines de Moab me comblent de delices.

Quand j’auray terrassé ces thrônes glorieux,J’iray porter partout, comme un victorieux,Des loix dans l’Idumée.Je veux lors, comme ami, passer dans les EstatsDe tous nos alliez, des justes potentats,Et sur ceux des tyrans entrer à main armée.

Mais, qui me peut aider à forcer ces ramparts,Ces tours, ces bastions, qu’on voit de toutes partsFlanquer leurs citadelles,Que celuy qui regit l’un et l’autre horizon,Et qui seul, sans secours, par force ou par raison,Peut soumettre à ses loix l’orgueil des infidelles ?

Si tu nous prens, Seigneur, en ta protection,Et souffres que ta grace en nostre afflictionNe soit point inflexible,Ton support nous fera triompher du malheur,Et fera que des tiens l’indomptable valeurRendra dans les combats l’impossible possible.

54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources