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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Cxliiie Pseaume

Benedictus Dominus Deus meus, etc.

Racan· 100 vers

Bénissons le Dieu des armées,Par qui mon throsne est affermi :C’est luy qui des champs IduméesChasse le camp de l’ennemi ;C’est l’appuy des pouvoirs suprémes,C’est luy qui rend nos diadémesLa crainte et l’espoir des humains,Et qui fait que dans les provincesLes fils des legitimes princesNaissent les armes dans les mains.

Il m’assiste dés ma naissance,Et dans la guerre et dans la paix ;Je dois ma force à sa puissance,Qui ne m’abandonna jamais ;Il fait dans mon cœur sa demeure,Il fait dans mon cœur d’heure à heureSes graces se multiplier ;Pour repousser les infidellesEt pour combattre les rebelles,C’est mon épée et mon bouclier.

Mais, Seigneur, qu’est-ce que nous sommes,Qu’un objet d’imperfection ?Qu’est-ce qu’ont les enfans des hommesDigne de ton affection ?Leurs beaux jours sont en petit nombre,Ils passent viste comme une ombreQui toûjours nous fuit ou nous suit,Qui toûjours croit ou diminue,Et que le soleil ou la nuëEn un moment forme ou détruit.

O grand Dieu, qui fais que les astresLuisent et roulent sous tes pas,Lors que, touché de nos desastres,Tu jettes les yeux ici-bas,Si-tost que ta colere grondeContre les pouvoirs que le mondeA mis au rang des immortels,Au premier bruit de ton tonnerre,Le plus grand orgueil de la terreS’abaisse au pied de tes autels.

Ren-moy la force et le courage.Tu vois le camp de l’estranger,Comme le torrent d’un orage,Qui vient mes terres submerger ;Ton bras est ma seule défense,Il peut arrester la licenceDe leur vaine temerité.Dans l’ambition qui les ronge,Leur bouche maintient le mensonge,Et leur dextre l’iniquité.

Si, touché des cris et des larmesDe ton pauvre peuple affligé,Tu nous viens délivrer des armesDont mon estat est ravagé,Mes doits et ma voix feront dire,Sur les dix cordes de ma lyre,Dans l’hymne que je t’ay promis,Que tu me fis dés mon enfanceDompter l’invisible puissanceDu plus grand de mes ennemis.

Que ton bras, armé de la foudrePour la protection des rois,Fasse à tes pieds mordre la poudreAux contempteurs des saintes loix ;Terrasse mes fiers adversaires ;Glace leurs ames temerairesD’une froide et pasle terreur ;Aneanty leur entreprise ;Défen mon sceptre et ton égliseDe leur glaive et de leur erreur.

Dans mes provinces languissantesSous leur injuste autorité,L’on voit comme de jeunes plantesS’estendre leur postérité ;Leurs fils sont foudres des alarmes ;Leurs filles tiennent par leurs charmesLes plus grans guerriers enchaisnez,Quand leurs sacrileges conquestesOnt mis les joyaux sur leurs testesDont nos temples furent ornez.

Leur douce et fertile vendangeSe meurit au haut des rochers ;Sous les richesses de leur grangeGemissent leurs fermes planchers ;Leurs bœufs sont forts au labourage ;Leurs brebis ont cet avantageD’avoir deux fois l’an des aigneaux ;Les vaches dans leurs mestairiesSont pleines sans estre taries,Et le laict en coule à ruisseaux.

Leurs palais, bravant le tonnerre,Levent leur teste au firmament,Et dans le centre de la terreAffermissent leur fondement ;Leurs esprits, perdus dans les vices,Ont fait leurs dieux de leurs délices,C’est le comble de leur bon-heur ;Mais, quelques attraits qu’ait le monde,Jamais mon espoir ne se fondeQue sur les graces du Seigneur.

100 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources