Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Cxlive Pseaume
Exaltabo te, Deus, etc.
Fay, Seigneur, que cet hymne, où d’une sainte ardeurJ’exalte ta grandeur,En puisse conserver à jamais la memoire :Ton nom, que seul je prens pour sujet de mes vers,Ne peut-il pas assez en relever la gloirePour les faire durer autant que l’univers ?
Tous les jours que les cieux accordent aux mortels,Je veux à tes autelsChanter soir et matin les œuvres de ta grâce ;L’âge qui par les ans chemine à pas comptezA ton âge innombrable aura cede la place,Que tu m’oiras encor celebrer tes bontez.
La divine splendeur du soleil des esprits,Dont nous sommes épris,Sera jusqu’au tombeau le sujet de mes veilles,Et ce siecle, laissant aux siecles à venirTes faits miraculeux, tes divines merveilles,En grave dans les cœurs l’éternel souvenir.
Je publiray ta grace et ton affection,Dont ta chere SionReçoit journellement de si grans témoignages ;Et te feras sans fin adorer des humains,Autant par tes bontez que par ces grans ouvragesQui nous font admirer le pouvoir de tes mains.
Ils publiront sans fin les honneurs et les biensDont tu combles les tiens ;Ils publieront par tout ta prudence profonde,Et que le sentiment d’une tendre amitiéRend le Dieu tout-puissant, rend le Sauveur du mondeTardif à la colere et prompt à la pitié.
Les œuvres dont le soin de ta DivinitéBannit l’impureté,Et les fait posseder ta visible presence,Ces esprits qu’il en a pleinement satisfaitsSont-ils pas obligez de l’heur de leur naissanceA la savante main qui les fit si parfaits ?
L’invisible pouvoir qui fait que le soleil,Dans un ordre pareil,Fait sur notre horizon sa course égale et ronde,Est le mesme pouvoir qui du plus haut des cieuxSe fait craindre et cherir sur la terre et sur l’onde,Et dont le regne est juste autant que glorieux.
L’orgueil de l’univers à son throsne est soumis ;De tous ses ennemisSa ferme autorité s’est toûjours défendue ;Elle brave l’effort des âges inconstans,Son immensité seule en borne l’estenduë,Son éternité seule en mesure le temps.
Son esprit, dont le nom est si saint et si grandQue rien ne le comprend,En tout ce qu’il promet n’est-il pas veritable ?S’il voit quelqu’un des siens en danger de perir,Sa main, également puissante et charitable,N’est-elle pas toûjours preste à le secourir ?
Aussi tout ce qui vit revere le seul DieuQui, sans forme et sans lieu,Se fait par ses effets aimer et reconnoistre ;Nous inspire-t-il pas à tous, en nous creant,Que son mesme pouvoir qui nous a donné l’estreous fait, quand il luy plaist, rentrer dans le neant ?
Lorsque Dieu nous visite, il en est invitéPar sa seule équité ;Sa grandeur ne fait rien que de saint et d’auguste,Et ceux qui d’un cœur franc lui presentent leurs vœux,Cet esprit amoureux, tout-puissant et tout juste,Sans le faire connoistre est toûjours auprés d’eux.
Il reçoit la priere en sa sainte maisonDe ceux dont l’oraisonD’une crainte soumise honore ses mysteres.Et confond les esprits de qui la vanitéDans l’insolent mépris de la foy de leurs peresNourrit et leur orgueil et leur impieté.
Pour moy, dont sa largesse a de tant de bienfaitsLes desirs satisfaits,Je consacre ma vie à servir en son temple :Puisqu’il a pour jamais mes ennuis surmontez,Je veux que dans ma cour à jamais mon exempleInvite tout le monde à loüer ses bontez.
78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources