Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Cxxe Pseaume
Levavi oculos meos, etc.
Aprés avoir en vain, au milieu des combats,Imploré le secours des grandeurs d’ici-bas,De ces faux demi-dieux, de ces foudres de guerre,Dois-ie pas maintenant choisir pour protecteur,Celuy qui tient et lance le tonnerre,Et qui du ciel, de l’onde et de la terreEst le seul maistre et le seul créateur ?
Si-tost qu’il voit les siens en danger de perir,Sa puissance est toûjours prête à les secourir,Aucun empêchement jamais ne l’en retarde.Pour sa chere Sion il est toujours pareil :Sa providence en tous lieux la regarde ;Ses yeux, veillant sans cesse pour sa garde,Ne sont jamais attaqués du sommeil.
Il en éloignera tous sujets de malheurs.Le ciel, purifiant ces humides chaleurs,Qui font de nos venins les homicides causes,N’emploira son soleil qu’à fondre les glaçons,Qu’à varier les fleurs qui sont écloses,Qu’à parfumer les œillets et les roses,Meurir les fruits et dorer les moissons.
La lune, qui des eaux a la direction,Appaisera les vents, dont la seditionMet sans-dessus-dessous la mer la plus profonde ;Et lors que le silence aura chassé le bruit,Son char d’argent, qui fait le tour du monde,Rendra le jour sur la terre et sur l’onde,Sans empêcher le repos de la nuit.
Ceux que l’âge caduc arrête en leur maison,Ceux dont la jeune ardeur emporte la raisonA suivre le chemin que la gloire nous trace.Jouiront en tous lieux des douceurs de la paix ;En quelque ennuy que le malheur leur brasse,Du Tout-Puissant le support et la gracePour leur appuy ne manquera jamais.
35 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources