Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Cxxxe Pseaume
Domine, non est exaltatum, etc. AU NOM DE LA REINE.
Seigneur, je reconnois que tes mains liberalesMe comblent de grandeurs et de vertus royalesQue ce superbe Etat voit éclatter en moy,Et veux humilier sous ta seule puissanceLe legitime orgueil de ma haute naissance,Qui me rend fille, sœur, femme et mere de roy.
Tant de prosperitez, d’honneurs et de conquestes,Que ta grace équitable accorde à nos requestesPour la gloire du sceptre en ma garde commis.Font voir que ta bonté, par mes vœux reclamée,Sait relever des siens l’innocence oppriméeEt rabaisser l’orgueil de ses fiers ennemis.
Si ce n’est de toy seul que je tiens les victoiresQui par tout l’univers feront dans nos histoiresAdmirer la vertu de ce peuple aguerri,Que, privée à jamais de ta grace éternelle,Je sois comme l’enfant qui, perdant sa mamelle,Perd le seul aliment dont il étoit nourri.
O vous de qui la foy rend les ames unies,Qui recevez du ciel des faveurs infiniesDont les justes excés vous ont comblé de biens !Dans ces mal-heurs presens qui menacent la France,Mettez en ce vray Dieu toute vôtre esperance :C’est le seul qui jamais n’abandonne les siens.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources