Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le IVe Pseaume
Cùm invocarem.
Si-tost que j’elevay ma parole et mes yeuxPour demander secours au monarque des cieuxContre ceux qui vouloient ma puissance detruire,Aussi-tost j’entendis et vis à mesme jourDe ce Dieu tout-puissant menasser et reluireLe courroux, la bonté la justice et l’amour.
Continue, ô grand Dieu, de proteger ton oint ;Fay-moy misericorde, et n’abandonne pointMon sceptre à la mercy de ce peuple infidele :Sous ta protection je n’apprehende rien ;Le secours qui me vient de ta grace eternelleLuy rabat le courage, et releve le mien.
O vous dont l’imposture et la presomptionEntretient mes sujets dans la seditionEn les preoccupant de vos fausses maximes,Sachez que vous serez à jamais odieuxA celuy qui maintient les pouvoirs legitimesContre les vains complots des esprits factieux.
Dans le secret remors d’un si noir attentat,N’avez-vous point horreur des malheurs de l’Estat,Quand l’astre qui voit tout y voit votre insolence ?Et lors qu’au bord du Tage il a fini son tour,Ne regrettez-vous point dans l’ombre et le silenceD’avoir fait eclater tant de crimes au jour ?
Miserables pecheurs ! en vain vous presentezA ce Dieu tout-puissant vos mets ensanglantezQuand vous estes souillez dans l’ordure des vices ;En vain sur ses autels vous consumez l’encens :Il ne peut recevoir ni vœux ni sacrifices,S’ils ne luy sont offerts par des cœurs innocens.
Mais lors que dignement la pieté des siensPresente à ses autels le plus beau de leurs biens,Sa liberalité le rend avec usure ;Les graces que du ciel il verse à pleines mains,D’un equitable excès, sans borne et sans mesureRecompensent le zele et la foy des humains.
Il leur fait succeder par d’humides chaleursL’utilité des fruits à la beauté des fleurs ;De fertiles moissons il dore les campagnes,Et, pour joindre la joye à la prosperité,Dans les vins doux meuris sur les aspres montagnesAccorde l’excellence et la fecondité.
D’une sainte onction confirmant nos espritsDans la foy qui nous rend de ces graces espris,Nous éclaire d’un jour eternellement calme,Et, pour comble d’honneur, ses bontez ont permisA son peuple d’enter l’olive sur la palme,Et cimanter la paix du sang des ennemis.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources