Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le ve Pseaume
Verba mea auribus.
Escoute-moy, Seigneur, en mon affliction ;Dans ta seule protectionMon ame de tout temps a mis son assurance ;Mes vœux ont esperé sur l’aisle de ma foyDe s’elever jusques à toy :Ne trompe point leur esperance.
Je vais dès le matin mes prieres offrirA toy seul, qui ne peux souffrirLa noire iniquité ni l’impure licence :Mon cœur n est jamais tant du monde detaché,Ni jamais si loin du peché,Que lors qu’il est en ta presence.
Tu hais les menteurs et les hommes de sang,Dont l’ame, qui n’a rien de franc,Est de l’iniquité l’infame conseillere ;Les crimes les plus noirs, que l’incredulitéCouvre dans son obscurité,Sont dissipez par ta lumiere.
Pour moy, que le peché chasse de ta maison,J’y rentre et fais mon oraisonAussi-tost que ta grace efface mon offense ;Et je me voy remis par ma contritionEn la mesme perfectionQu’avoit ma premiere innocence.
Seigneur, guide mes pas, de peur que les pechez,Dont les pieges nous sont cachez,M’entraînent avec eux au goufre où tu les plonges ;Sauve-moy des mechans, de qui l’impietéRemplit leurs cœurs d’impureté,Et leurs paroles de mensonges.
Rien n’est de plus infect aux sepulcres ouverts,Où dans les corps rongez de versLes loups et les corbeaux vont chercher leur pasture,Que ces sales discours dont le debordementNous entretient insolemmentDe medisance et d’imposture.
Punis ces malheureux d’une nuit sans matin,Dont l’ombre sans borne et sans finPrive à jamais du jour leurs ames infidelles ;Et face à tes enfans ton amour paternelPosseder un bien eternelDans tes lumieres eternelles.
Tu t’offres pour asyle à ceux que tes vertusOnt de tes graces revestus,Tu leur fais de ce monde obtenir la victoire,Et, malgré les jaloux de leurs prosperitez,Couronnes leurs felicitezDu visible eclat de ta gloire.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources