Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le lie Pseaume
Quid gloriaris in malitia ? etc.
Pourquoy, pour couvrir ta malice,Uses-tu de tant d’artifice,Esprit traistre et dissimulé ?Pourquoy ta langue envenimée,Pour déchirer ma renommée,A-t-elle son glaive affilé ?
Tes jugemens déraisonnablesAux crimes les moins pardonnablesDonnent une fausse couleur ;La fraude y passe pour finesse,La timidité pour sagesse,Et la cruaute pour valeur.
Ton nom, se voyant sans estime,Tasche par quelque illustre crimeD’acquerir l’immortalité ;Mais, pour punir ta vaine gloire,Dieu veut avecque ta memoireConfondre ta posterité.
Ceux qui verront dans les supplicesExpier à jamais les vicesDe ton esprit et de ton corpsSe moqueront de ta prudence,Qui dans le luxe et l’abondanceN’avoit pour dieu que ses thresors.
Pour moy, dans ma longue souffrance,Je mets en fuy mon esperance ;Il exauce mon oraison,Et me promet qu’en ses deux rivesLe Jourdain verra les olivesReverdir en toute saison.
Dans cette paix douce et profonde,J’exalteray par tout le mondeMon Sauveur, mon Maistre et mon Roy,De qui les graces éternellesRemplissent le cœur des fidellesD’amour, d’asseurance et de foy.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources