Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Liie Pseaume
Dixit insipiens, etc.
Celuy qui veut pecher avec impunitéDit qu’il n’est point de Dieu qui dans l’éternitéDispense et la peine et la gloire,Et que c est un abus que nostre vanitéS’efforce de nous faire acroire.
Rien ne peut, que la foy, purger nostre raison,Quand la corruption de ce mortel poisonA nostre ame s’est attachée ;Dieu, qui voit sous ses pieds l’un et l’autre horizon,N’en voit point qui n’en soit tachée
Leur valeur ne paroist qu’aux actes inhumains,Leur esprit ne paroist qu’aux injustes desseins,Et ces protecteurs des rebellesNe vivent que du pain que leurs cruelles mainsPestrissent du sang des fidelles.
Ils passent tous leurs jours sans trouble et sans ennuy,Du Seigneur tout-puissant ils méprisent l’appuy ;Mais, quand il leur faut comparoistre,Leur secret repentir leur fait craindre celuyQu’ils feignoient de ne pas connoistre.
Quand le bonheur les quitte et se retire ailleurs,Dieu décoche sur eux tous les traits des malheursQue sa colere nous envoye ;Et des justes ennuis qui les comblent de pleurs,Les justes sont comblez de joye.
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources