Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Lxvie Pseaume
Deus misereatur nostri, etc.
Que l’Eternel ouvrier des œuvres éternelles,Par qui tous les fidellesSont regis sous un regne aussi juste que doux,Aprés tant de faveurs qu’à nos vœux il accorde,Fasse encore pour nousParoistre les effets de sa misericorde.
C’est par elle, Seigneur, plus que par le tonnerre,Que tu verras la terreNe reconnoistre plus d’autre maistre que toy ;Et regnera la paix generale et profonde,Lors qu’une mesme foyComme un mesme soleil éclairera le monde.
L’on verra sans travail nos campagnes fertiles,Et nos bœufs inutilesSe nourrir des espics égrenez sous leurs pas ;La saison où l’amour rajeunit toutes chosesN’aura que des appas,Et ne meslera plus les espines aux roses.
Dans ces prosperitez que tes mains liberalesRendront si generales,Nous jouirons des fruits de ton affection ;La justice et la paix, qui par ta providenceReviendront dans Sion,Auront à leurs costez la joye et l’abondance.
Ta main, qui foudroyoit l’impie et le profane,En nous versant la maneEngraissera ton peuple, engraissera nos champs ;Ta grace et ton pouvoir, d’une égale contrainte,Forceront les méchansA recevoir ton nom par amour ou par crainte.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources