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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Lxxxe Pseaume

Exultate Deo, etc.

Racan· 48 vers

Vous de qui la musique anime les paroles,Soustenez vostre voix des luths et des violes,Pour louer le Seigneur au pied de son autel ;Et vous qu’il a douez de vertus plus parfaites,Faites par tout ouïr son renom immortelPar le bruit des trompettes.

Puisque c’est aujourd’huy que sa toute-puissanceVeut que nous temoignions nostre reconnoissanceD’avoir brisé nos fers et chassé nos soucis,Benissons-le ce jour du bien qu’il nous octroye,Et ce que nous faisons par ses ordres précis,Faisons-le aveque joye.

Délivrez des fardeaux des fers et des miseresDont les tyrans du Nil ont accablé nos peres,Confessons qu’à luy seul on doit leur liberté,Qu’il exauça leurs vœux, consola leur tristesse,Et fit voir, par la fin de leur captivité,L’effet de sa promesse.

« N’adorez plus, dit-il, ces dieux d’or et de cuivre,Sachez que c’est moy seul qui fais mourir et vivre,Et que mon seul pouvoir regit tout icy bas ;Que si tu crois en moy, je n auray plus de foudre,Que pour te secourir et mettre sous tes pasTes ennemis en poudre.

« Ce fut moy qui brisay les prisons et les chaisnesOù l’Egypte te fit endurer tant de gesnes,Moy qui suis d’Israël le seul et le vray Dieu ;Tandis que tu feras ce que je te commande,Tu verras mes bienfaits en tout temps, en tout lieu,Prévenir ta demande.

« Mais, s’il ne suit toûjours l’avis que je luy donneJe veux que pour jamais ma grace l’abandonneEt le delaisse en proye à ses mauvais desirs ;Si-tost qu’il cessera d’estre sous mes auspices,Sa raison aveuglée, en suivant ses plaisirs,Se perdra dans les vices.

« Aprés avoir pour luy surmonté tant d’obstacles,Aprés avoir pour luy produit tant de miracles,Si ce peuple incredule eust voulu m’écouter,Contre mon bras vainqueur, qui l’eust comblé de gloire,L’effort des ennemis n’auroit fait qu’augmenterL’honneur de sa victoire.

« Il eust de ces mutins les fureurs estouffées,Il eust sur leurs tombeaux élevé des trophéesDe tout ce que leur pompe a d’honneur et d’appas,Il eust paistri son pain du fourment de leurs terres,Et radouci du miel les mets de ses repasQu’il eust tiré des pierres.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources