Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Lxxxvie Pseaume
Fundamenta ejus, etc.
Sur l’orgueilleux sommet de ces hautes montagnesQui partagent le jour aveque les campagnesS’élevent de Sion les pompeux bastimens ;Et, bien qu’ils soient toûjours en bute à la tempeste,Plus elle fait d’effort d’en ébranler le faiste,Plus ils sont affermis dessus leurs fondemens.
Glorieuse cité, l’honneur de la contrée,Le vice et le malheur chez toy n’ont point d’entrée ;Ton superbe portail témoigne ta grandeur,Et dans Tyr, Meroé, Memphis et Babylone,L’aurore et le midy n’éclairent point de thrône,De qui la majesté ne cede à ta splendeur.
Si Rome, qui jadis dompta la terre et l’onde,Nous vante ses Cesars, ces monarques du monde,Qui furent de son nom l’honneur et le support,Si leur vie et leur fin ont orné son histoire,Bethleem et Sion n’ont-ils pas eu la gloireDe voir du Roy des rois la naissance et la mort ?
Les graces du Seigneur passeront ton envie ;Un jour il écrira dans son livre de vieLes noms des habitans de ton heureux sejour,Et leurs saintes chansons témoigneront la joyeQu’ils reçoivent sans fin des biens qu’il leur envoyePour gages éternels d’un éternel amour.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources