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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xce Pseaume

Qui habitat in adjutorio Altissimi, etc.

Racan· 64 vers

Celuy qui met en Dieu toute son esperanceEt n’a recours qu’à luyEn tous ses accidens doit vivre en assuranceDe l’avoir pour appuy.

Il le peut en ce monde appeler son refuge,Son aide et son support,Bien que de son Sauveur il devienne son jugeA l’heure de la mort.

Pour moy, quand les méchans par finesse ou par forceOnt tasché de m’avoir,Sa prudence et son bras découvrit leur amorceEt domta leur pouvoir.

Ainsi sont ses éleus, à l’abri de ses aisles,A jamais preservezDu malheur qui confond aux peines éternellesCeux qu’il a reprouvez.

Quand sa grace nous luit, aux gouffres les plus sombresRien ne nous est caché ;Jusques dans les enfers elle chasse les ombresDe la nuit du peché.

Si l’humide et le chaud infectent l’air de pestePar leur fatal concours,Le soleil, pour eux seuls cessant d’estre funeste,Leur donne de beaux jours.

Quand les flots de la guerre agitent leurs tempestes,Dieu conserve son oint ;Une gresle de traits luy tombent sur la teste,Et ne l’atteignent point.

Il peut lors s’assurer que, d’un lieu de delicesEt de prosperitez,Il verra les mèchans recevoir les supplicesDe leurs impietez.

Un repos affranchi des troubles de l’envie,En tout temps, en tout lieu,Est promis à celuy qui met toute sa vieSon esperance en Dieu.

Ce puissant protecteur, pour le combler de joye,Vient en toute saisonDéfendre aux accidens que le Ciel nous envoyeD’entrer dans sa maison.

De ses ans fortunez jamais aucun meslangeN’en traverse le cours,Et, quoi qu’il entreprenne,il voit que son bon angeL’accompagne toûjours.

Au plus haut des rochers les plus inaccessiblesIl le tient en ses bras,Et dans les lieux glissans, si droits et si terribles,Il assure ses pas.

L’aspic ni le lion dans leur affreux repaireNe luy font point d’horreur,Et, lors qu’il les écrase, ils n’ont pour luy mal faireNi venin ni fureur.

« Je veux, dit le Seigneur, à cet homme fidelle,Qu’un saint amour m’a joint,Assurer un asyle en ma grace éternelleQui ne luy manque point ;

« Qu’aprés tant de malheurs dont il estoit la proye,Tout luy vienne à propos,Et qu’enfin son ennuy face place à la joye,Et sa peine au repos.

« Je veux de ses longs jours éloigner les desastres,Et, de moy l’approchant,Que ses vertus là-haut luisent au rang des astresQui n’ont point de couchant. »

64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources