Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xcie Pseaume
Bonum est confiteri Domino, etc..
O combien un esprit a de contentementQui peut, soir et matin, célebrer hautementLe salut glorieux promis par le Messie !Et que l’homme est heureux à qui sa veritéA des son orient produit cette clartéQui jamais dans la nuit ne peut estre obscurcie !
De la lyre et du luth, sous l’archet et les doigts,Les dix rangs redoublez puissent, joints à ma voix,Charmer dans sa maison les cœurs par les oreilles !Et que cette science inspirée aux mortelsPar celuy qui reçoit nos vœux à ses autelsSoit toûjours employée à chanter ses merveilles !
Que le nombre en est grand ! et, quand l’esprit humainConsidere à loisir les œuvres de sa main,Ne les trouve-t-il pas toûjours miraculeuses ?Certes c’est un dedale à nos entendemens,Qui remplit de respect les humbles jugemens,Et de confusion les ames orgueilleuses.
Tel qu’on voit un rosier, au printemps si cheri,Qui tombe, meurt et seche apres avoir fleuri.Telle est des reprouvez la fortune en ce monde :Peu de temps voit passer l’éclat de leur bonheur ;Mais aprés tous les temps la gloire du SeigneurEclatera sans fin sur la terre et sur l’onde.
Tes ennemis, grand Dieu, periront pour jamais,Et moy je jouiray de l’heur que tu promets,De qui l’eternité sera seule la borne ;Et lors je feray voir, malgré ces factieux,Que ma gloire s’éleve aussi droit dans les cieuxQue le seul bois qui sort du front de la licorne.
Ton onction sacrée honore mes vieux jours ;Fay que dans le triomphe ils achevent leurs cours,Et me comblent les sens de plaisir et de gloire !Je voy les ennemis me tourner les talons,Et j’entens les échos aux replis des valonsRepeter aprés nous les cris de la victoire.
Tel qu’on voit le palmier, proche de son retour,Qui refleurit auprés l’objet de son amour,Et sur son tronc ridé reverdir son écorce ;Ainsi le juste, auprés l’autel du Tout-puissant,Semble se rajeunir des graces qu’il ressent,Et que l’âge caduc renouvelle sa force.
Des sommets du Liban les cedres orgueilleuxN’ont rien ni de si grand ni de si merveilleux,Bien qu’ils percent les airs où se fait le tonnerre,Que les esprits devots, exempts de vanité,Qui s’élevent au ciel par leur humilité,Et qui foulent aux pieds les honneurs de la terre.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources