Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xciie Pseaume
Dominus regnavit, decorem, etc.
L’empire du Seigneur est reconnu par tout ;Le monde est embelli de l’un à l’autre boutDe sa magnificence ;Sa force l’a rendu le vainqueur des vainqueurs ;Mais c’est par son amour, plus que par sa puissance,Qu’il regne dans les cœurs.
Sa gloire étale aux cieux ses visibles appas,Le soin qu’il prend pour nous fait connoistre ici basSa prudence profonde :De la main dont il forme et le foudre et l’éclairL’imperceptible appuy soustient la terre et l’ondeDans le milieu de l’air.
Dans la nuit du chaos, quand l’audace des yeuxNe marquoit point encor dans le vague des cieuxDe zenit ni de zone,L’immensité de Dieu comprenoit tout en soy,Et de tout ce grand tout Dieu seul estoit le thrône,Le royaume et le roy.
Tels qu’on voit en hiver ces fleuves écumer,Qui portent en grondant leurs tributs à la mer,Furieux et terribles ;Leurs flots tumultueux, dans les plaines errans,En ravageant leurs bords, de rivieres paisiblesDeviennent des torrens ;
Tels sont les potentats de qui la cruautéPar son débordement rend de la royautéLe regne tyrannique ;Et tels estoient jadis ceux qui d’un vain effortContre la foy naissante ont mis tout en pratiquePour luy donner la mort.
Rome, qui fit tomber tant d’estats à l’envers,Qui, comme un ocean, inonda l’universSous les flots de ses armes,Qui mit injustement tant de saints au tombeau,Ne seut de cette foy dans le sang et les larmesEsteindre le flambeau.
Ces genereux martyrs pour le nom du vray DieuSont de ces veritez, en tout temps, en tout lieu,Les témoins authentiques,Et, rendant par leur mort ses decrets immortels,Ont, en accomplissant les figures antiques,Affermi ses autels.
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources