Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xcive Pseaume
Venite, exultemus, etc.
Venez tous avec moy reciter à la foisLes grandeurs du seul Roy des anges et des rois,Donnons à ses bontez nos cœurs et nos suffrages ;Commençons dés minuit à chanter et prier,Et, si-tost que le jour découvre ses ouvrages,Admirons tous en eux le pouvoir de l’ouvrier.
Ces demi-dieux mortels, de qui l’autoritéNous semble estre un rayon de la Divinité,N’ont rien d’égal au Dieu qui lance le tonnerre ;Sa celeste splendeur luit d’un éclat pareilDans les gouffres voisins du centre de la terreComme au plus haut des monts qui touchent le soleil.
La mer comme les cieux est l’œuvre de ses mains,Il faut en tous endroits que l’esprit des humainsRende hommage à celuy qui par tout nous regarde ;Il est seul nostre maistre et nostre createur ;C’est luy qui nous nourrit, nous conduit et nous garde ;Nous sommes le troupeau dont il est le pasteur.
Il ne faut pas, chrestiens, nos peres imiter ;Lorsque Dieu parle à nous, il le faut écouter ;Leur incredulité causa leurs longues peines ;Afin de rafraischir ceux qu’il tenoit si chers,Les rochers amolis se changeoient en fontainesQuand leurs cœurs endurcis se changeoient en rochers.
De quarante printemps et de quarante estezLes fleurs et les moissons, croissant de tous costez,Faisoient de leur desert une heureuse contrée,Quand Dieu, contre qui seul ils avoient murmuré,Jura qu’à ces ingrats il fermeroit l’entréeDu sejour glorieux qui nous est preparé.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources