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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xixe Pseaume

Exaudiat, etc.

Racan· 54 vers

En ce temps où l’envie opprime l’innocence,Du grand Dieu de Jacob l’invincible puissanceT’inspire dans la guerre un courage de roy ;Et, s’il est inflexible à la misericorde,Qu’il nous refuse tout, pourveu qu’il nous accordeLes vœux qu’on fait pour toy.

Que, de son throsne assis au-dessus des tempestesSoient à te secourir ses bontez toûjours prestes ;Toûjours soit ton offrande agréable à ses yeux ;Toûjours le feu divin dont elle est alluméeEn remonte aussi pur, quand elle est consumée,Qu’il est tombé des cieux.

Que tes justes desseins ne trouvent point d’obstacles,Que tes actes guerriers soient autant de miracles,Que tu sois au conseil judicieux et prompt,Et que, pour tout soûmettre à ton obéissance,Il égale ta force à la haute naissanceQui couronne ton front.

Quand le dieu des combats te donnera la gloireD’avoir des ennemis remporté la victoireQue sa main équitable à tes armes promet,Ce grand jour qui rendra nos guerres étoufféesFera voir au Liban élever nos troféesPar-dessus son sommet.

S’il exauce nos vœux et reçoit nos victimes,Ces cœurs qui ne sont grands qu’à faire de grands crimesAuront le chastiment de leur témérité.Que doit-on redouter de ces ames rebelles,Si celuy qui combat pour les justes querellesEst de nostre costé ?

En vain leurs camps nombreux font par leurs insolencesNos campagnes gémir sous des forests de lances,Serrent leurs bataillons de piques hérissez :Nous sommes assurez, si Dieu nous est propice,De voir du mesme bras qui soutient la justice,Leurs desseins renversez.

Ces machines de bronze aux bouches redoutablesQui vomissent d’un coup cent morts inévitablesEt jettent dans les rangs la flâme et la terreur,Ces tonnerres roulans qui font trembler la plaine,N’y feront autre mal que perdre avec la peineL’espoir du laboureur.

Ces feux ne produiront que de vaines fumées :Le bras toûjours vainqueur du grand Dieu des arméesFera mordre la poudre à ces audacieux ;Et verront à leur honte, en cette injuste guerre,Qu’en vain ils opposoient les foudres de la terreA la foudre des cieux.

O Dieu ! dont les grandeurs n’ont rien que d’adorable,Conservez nostre roy, soyez-luy favorable ;Faites, sous vostre appuy, son regne prosperer :C’est par luy qu’on verra tous nos troubles s’éteindre ;Tandis que nous l’aurons, nous n’aurons rien à craindreNi rien à desirer.

54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources