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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xviiie Pseaume

Cœli enarrant, etc.

Racan· 66 vers

Toy qui de l’Eternel contemples les miracles.Les feux du firmament sont-ce pas des oraclesDont le silence parle et s’entend par les yeux ?Et le pouvoir qu’ils ont dessus nostre naissancePeut-il venir d ailleurs que de cette puissanceQui tient ferme la terre et fait mouvoir les cieux ?

L’ordre continuel dont depuis tant d’annéesL’on voit naistre et finir les nuits et les journées,Et mesurer leur cours d’un si juste compas,N’est-ce pas un chef-d’œuvre où chacun peut connoistreQue ce grand artisan de qui tout prend son estreNe fait point au hazard les choses d’icy-bas.

Ces visibles effets d’une cause invisible,Ces supresmes grandeurs, cette essence impassible,Exigent de nos cœurs l’honneur qui leur est deû ;Ils preschent aux gentils, ils preschent aux sauvages,Et dans tout l’univers il n’est point de langagesOù leur discours muet ne puisse estre entendu.

Cet esprit qui du temps précede la naissance,Afin de témoigner que sa magnificenceAinsi que son pouvoir est sans comparaison,De l’astre le plus beau qui sur la terre et l’ondeSe fait voir tous les jours aux yeux de tout le monde,Luy-mesme en le faisant en a fait sa maison.

Là sa grandeur fait voir à tout ce qui respire,Dans son trosne éternel digne de son empire,Sur des lambris d’azur briller des diamans ;Jamais le blond Hymen, couvert d’or et de soye,Suand il a chez les rois joint la pompe à la joye,N’a fait dans leur palais luire tant d’ornemens.

C’est de-là qu’à sa force égalant sa justice,Un jour il sortira pour détruire le vice,Tel qu’un puissant géant au combat preparé ;Il atteindra par tout, tout craindra son tonnerre,Ses yeux verront par tout, et par toute la terreRien n’est si tenebreux qui n’en soit éclairé.

Il n’est point d’ignorant que ses œuvres n’instruisent,Il n’est point de méchant que ses loix ne réduisent.Chacun diversement est appellé de Dieu ;Mais les cœurs genereux qui peuvent sans contrainteFaire pour son amour ce qu’on fait pour la crainte,Comme les plus parfaits, auront le plus haut lieu.

Ainsi qu’aux réprouvez la peine est assurée,Ainsi la récompense est aux bons préparée,Hors de tous les malheurs dont nous sommes troublez ;L’or n’a point de beautez qui soient si désirables,Ni le miel le plus pur de douceurs comparablesAu moindre des plaisirs dont ils seront comblez.

Heureux sera le cœur délivré de tout vice,Qui, donnant à son Dieu sa vie et son service,Se rend digne des biens qui lui sont destinez,Et qui, de sa raison connoissant l’impuissance,Quand il a des pensers trop remplis de licence,Les étouffe en son ame aussi-tost qu’ils sont nez.

Et bienheureux encor qui, voyant la manieDe ceux que le peché tient sous sa tyrannie,Ne veut que son Dieu seul pour maistre et pour appuy ;Qui par tout est pareil, et qui, se prenant gardeQue celuy qui voit tout en tous lieux le regarde,Se gouverne en tous lieux comme estant devant luy.

Souverain Roy des rois, Providence éternelle,Qu’en la mer de ce monde à toute heure j’appelle,Mon Dieu, mon Redempteur, mon ayde et mon support !Puisqu’à tous mes besoins tes bontez toûjours prestesM’ont déjà tant de fois retiré des tempestes,Acheve ton ouvrage, et me conduis au port.

66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources