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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xxe psaume

Domine, in virtute tua, etc.

Racan· 48 vers

O grand Dieu, d’où nous vient le bonheur et la gloireQui, selon nos desirs, nous donne la victoireD’un peuple si nombreux contre nous révolté ?En donnant à sa joye une juste licence,Mon roy ne doit-il pas admirer ta puissanceEt benir ta bonté ?

Tu préviens ses desirs, tu préviens ses demandes,Tes largesses luy sont si justes et si grandesQu’elles ont à l’utile ajouté l’ornement ;De sa claire pasleur la perle orientaleS’efforce d’égaler en sa pompe royaleL’éclat du diamant.

Quand il te demanda d’estre long-temps au monde,Tu promis que sa vie en merveilles fécondeDes âges les plus longs égaleroit le cours ;De son nom glorieux tu décores l’histoire,Et de ses actions tu veux que la mémoireSe conserve toûjours.

Les rayons de grandeur qui sortent de sa faceModerent dans les cœurs l’insolence et l’audace,Et font que devant luy le respect est gardé ;Nos fastes, racontant ses hautes avantures,Feront juger heureux dans les races futuresCeux qui l’ont possedé.

Ta présence l’assure et le comble de joye ;Le bonheur que ta grace à ses desirs octroyeAffermit son courage aux desseins genereux,Et, quelques ennemis qui désolent la terre,Ne rens-tu pas le bras de ce foudre de guerreInvincible pour eux ?

Après avoir souffert leur désobéissance,Ta main appesantie a puni leur offenseEt terracé l’orgueil de ces grands criminels ;Ta justice bien-tôt en fera ses victimes,Et sans se consumer ils expîront leurs crimesEn des feux éternels.

On verra sans effet éclôre leur malice.Toy qui des plus cachez découvres l’artifice,Confonds dès le berceau les desseins des méchans.Dans leur sang infécond s’éteindra leur famille,Et jamais ne verront tomber sous la faucilleLes moissons de leurs champs.

Leurs rangs sont dissipez, leur armée est réduiteA ne plus esperer de salut qu’en la fuite,Tout cede à nos efforts lors que tu nous maintiens ;Et chantent à jamais les bouches des fidelles,Que ton bras tout-puissant est l’effroy des rebellesEt le support des tiens.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources