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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xlixe Pseaume

Deus deorum,etc.

Racan· 84 vers

Le Roy des rois et le Maistre de toutSe fait ouir de l’un à l’autre boutDe l’onde et de la terre ;Il nous va prononcer son jugement final ;Sa voix, comme un tonnerre,Cite tous les mortels devant son tribunal.

Sa majesté se rend visible à tous ;De toutes parts l’on entend son courrouxGronder sur nostre teste ;Il chemine à grands pas dessus les élemens ;La foudre et la tempesteSont les executeurs de ses commandemens.

Le ciel, qui doit témoigner contre nous,De ses regards voit dessus et dessousToute la terre et l’onde,Et découvre icy bas, de ses yeux immortels,Depuis l’estre du monde,Tous ceux dont le peché profane ses autels.

Tous les méchans sont par luy confondus ;Ses jugemens déja sont entendusDe l’un à l’autre pole.Si la seule Sion vit son humanité,Il veut que sa paroleFace à tout l’univers savoir sa volonté.

« Peuples, dit-il, apprenez qu’en tout lieuC’est moy qui suis le seul et le vray DieuQui reçoit vos offrandesEt qui hait ces bûchers, ennemis de nos sens,Qui meslent des viandesLes épaisses vapeurs aux douceurs de l’encens.

« Ne soyez plus cruels à vos taureaux,Ne croyez plus par le sang des aigneauxQue vos graces s’augmentent,Ni que ce que le luxe et la foy des humainsA l’envy me presententEnrichisse celuy qui tient tout dans ses mains.

« Ces dains, ces cerfs, ces animaux craintifsQui dans vos rets deviennent vos captifs,Ces hostes des bocages,Tous ceux qu’on voit dans l’air et la terre mouvoir,Ou privez, ou sauvages,Sont tous également soumis à mon pouvoir.

« Que si mon corps, pour ses necessitez,Avoit besoin de ces mets apprestezPar l’art et la nature ;Puis-je pas comme vous, pour contenter mes sens,Prendre ma nourritureOu des bœufs engraissez, ou des aigneaux naissans ?

« Ne m’offrez plus vos aigneaux ni vos bœufs,Mais seulement vostre cœur et vos vœux,Quand le besoin vous presse ;Ce veritable zele, en espargnant vos biens,Peut avecque largesseContenter à la fois vos desirs et les miens.

« Quoy ! penses-tu, méchant, me decevoirLorsque tu feins d’admirer mon pouvoirEt craindre ma justice ?Crois-tu que je me plaise à m’entendre nommerD’un cœur noirci de vice,Qui ne retient mon nom que pour le blasphemer ?

« Ton lasche esprit, au vice complaisant,De l’imposteur comme du médisantSuit les mauvais exemples :Avec le factieux tu déchires l’Estat,Et profanes les templesAvec le libertin, l’athée et l’apostat.

« De ton bonheur vint le déreglementQui te faisoit médire impunémentDe l’honneur de ton frere ;J’ay souffert ta foiblesse et ta legereté,Pendant que ma colereForgeoit les traits vengeurs de ton impieté.

« Tu me dépeins sans pouvoir comme toy ;Tu dis par tout que ce qui vient de moySe fait à l’aventure ;Mais tu reconnoistras dans le prompt chastimentQu’aura ton impostureMa force, ma justice et mon ressentiment.

« Tu sauras donc, ô mortel insensé,Que mon courroux, tant de fois offenséPar de si noires ames,Ne reçoit plus les vœux que des cœurs innocens,Dont les voix et les flamesEslevent ma louange avecque leurs encens. »

84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources