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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xxxie Pseaume

Beati quorum, etc.

Racan· 90 vers

Heureuse est l’ame pénitente,Quand, aprés une longue attente,Dieu veut sa priere exaucer,Et qu’au lieu de punir son vice,Sa bonté semble s’efforcerDe le cacher à sa justice.

Bienheureuse est encore l’ameA qui Dieu n’impute le blâmeDes crimes qui luy sont remis,Et qui jamais ne se proposeDe celer ceux qu’elle a commisA celuy qui sait toute chose.

Quand je luy cachois mon offense,Le remors de ma conscienceRendoit mon esprit si changéQue sans sa bonté favorableCe mal trop long-temps négligéAlloit devenir incurable.

Ha ! Seigneur, que mon artificeTe fit bien-tost voir la maliceDe mes desseins pernicieux !Le monde en étoit incapable ;Mais plus j’estois juste à ses yeux,Et plus aux tiens j’estois coupable

Durant le temps que ta colereM’a fait recevoir le salaireQu’avoit merité mon peché,Quelque rigueur qu’eust ta justice,Mon esprit estoit plus touchéDe la honte que du supplice.

Enfin, l’ame toute confuse,Devant toy-mesme je m’accuseDe t’avoir deux fois offensé ;Mais, ô bonté qui tout surpasse !A peine je l’ay confessé,Que je sens l’effet de ta grace.

Cette clemence incomparableDu pecheur le plus miserableDoit toutes les craintes bannir ;Qui saura ce qu’elle m’accordeNé pourra plus à l’avenirDouter de ta misericorde.

Qu’un second deluge s’appreste,Qu’on n’entende sur nostre testeQue des tonnerres éclater,Dessous leurs rages forcenéesCeluy n’a rien à redouterDont les fautes sont pardonnées.

Bien que je te craigne pour juge,Ta clemence m’est un refugeQui m’est en tout lieu présenté ;Et puis dire, quoique tu faces,Que ta puissance et ta bontéAl’envi me comblent de graces.

La raison que tu m’as donnée,Dont mon ame est illuminéeComme mon corps l’est de mes yeux,Cette clarté vraiment divineNe tend qu’à me conduire aux cieuxDans le lieu de son origine.

Depuis le temps qu’elle m’éclaireJe reconnois que te déplaireEst le plus grand de tous les maux,Qu’il te faut suivre sans contrainte,on comme les lourds animauxQui ne font rien que pour la crainte.

Rien ne dompte leur cœur faroucheQue le fer qu’ils ont dans la boucheEt le nombre des châtimens ;Mais cette raison qui nous guideA faire tes commandemensNous sert d’éperons et de bride.

Les méchans sont aussi sauvages ;Si quelquefois dans leurs couragesIls ont quelque remors secret,Ta grace mesme les effroye,Et ne font qu’avecque regretCe qu’on doit faire avecque joye.

Ta justice, qu’ils apprehendent,Est d’où les fidelles attendentLe loyer qu’ils ont merité,Sachant que tes loix souverainesDonnent avec mesme équitéLes recompenses et les peines.

Dignes enfans d’un si bon pere,Vous dont la foy, que rien n’altere,Est l’espoir, la joye et l’appuy,Gardez-en toûjours la memoire,Et ne cherchez jamais qu’en luyVostre repos et vostre gloire.

90 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources