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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xxxiie Pseaume

Exultate, justi, in Domino, etc.

Racan· 78 vers

Beaux esprits decorez de dons si precieux,Qui devez remplir dans les cieuxLes trosnes les plus magnifiques,Comme avecque plaisir vous louez le Seigneur,C’est avecque plaisir qu’il entend les cantiquesQue vous chantez en son honneur.

Celebrez sa grandeur sur les tons differensDes douces lyres à dix rangsEt des languissantes violes,Et, pour mieux honorer le nom du Roy des rois,Accordez dans vos chants vos cœurs à vos paroles,Ainsi que vos luths à vos voix.

La tendresse d’amour qu’il a pour les humainsFait à ses équitables mainsPerdre l’usage du tonnerre,Et sa voix, qui par tout épand ses veritez,Que fait-elle éclater aux deux bouts de la terreQue des marques de ses bontez ?

Tout est creé par elle, et les ordres diversQu’elle porte dans l’universL’ornent de diverses merveilles,Et ces yeux dont le ciel nous voit de tous costezSemblent estre pour luy convertis en oreillesPour entendre ses volontez.

Bien qu’il regle des eaux le flux et le reflux,Leurs flots ne respectent non plusLes siens que les peuples barbares :Leurs fertiles sablons produisent sans travail,Et cachent par son ordre en leurs gouffres avaresLes perles, l’ambre et le corail.

Les effets merveilleux de son divin pouvoirA toute la terre font voirQue de tout par tout il dispose,Et feront reconnoistre au peuple mécreantQue, comme du neant il crea toute chose,Il peut tout reduire au neant.

Il confond des méchans les secrets attentats,Qui sur le débris des EstatsFondent leur injuste puissance.Et de ce qu’il conçoit en son entendementNous en avons l’effet avant la connoissance,Sans trouble et sans retardement.

Les peuples sont heureux que ce Dieu tout-puissantIllumine dés en naissantDe sa lumiere interieure ;Ils seront par sa gloire à jamais triomphans :Ce monarque chez eux a choisi sa demeure,Et leurs enfans pour ses enfans.

De son throsne élevé sur le plus haut des cieuxIl jette sans cesse les yeuxSur tout ce qui vit en ce monde.Nostre ame, dont il tient la conduite en ses mains,Ne luy peut rien cacher : son esprit est la sondeDe tous les secrets des humains.

Les rois comtent en vain leurs nombreux combattansParmi les campagnes flottansComme les vagues d’un orage,Et l’orgueilleux geant en vain dans les combatsSe pense prévaloir et tirer avantageDe la pesanteur de son bras.

Ces barbes, ces coursiers qui volent les sillons,Ces dignes fils des Aquilons,N’assurent point nostre retraite :Du seul maistre de tout les decrets absolusAu camp des ennemis porteront la défaite,Et la victoire à ses éleus.

Nous voyons quelquefois son indignationAffliger sa chere SionD’une pasle et maigre famine ;Mais on voit aussi-tost revenir à leur tourL’abondance et la joye, et sa bonté divineChanger sa colere en amour.

Seigneur, à pleines mains tes liberalitezFont voir alors en nos citezTes soins et tes magnificences,Et font connoistre aux tiens comme ton amitié,Dans la contrition qu’ils ont de leurs offenses,Se rend sensible à la pitié.

78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources